III- Les solutions pour lutter contre la pollution de l'air :

-1- Les acteurs de la lutte contre la pollution atmosphérique :

   Il existe bien une lutte contre la pollution de l’air en Algérie. En effet, un réseau de surveillance de la qualité de l’air a été mis en place, il y a environ 10 ans, par le ministère de l’Aménagement du Territoire, de l’Environnement et du Tourisme. Il s’agit du réseau Samasafia (ciel net, en Français). Ces dix dernières années, la qualité de l’air s’est beaucoup dégradée dans certaines villes algériennes. On a constaté une multiplication des maladies respiratoires, des allergies, du nombre d’asthmatiques et des cancers. On estime à 30 % le nombre de consultations médicales concernant les maladies respiratoires; celles-ci peuvent être à l’origine de 40 % de la mortalité infantile. En outre, cette pollution atmosphérique serait la cause d’une souffrance permanente des asthmatiques (environ 600 000 algériens).

   Pour pallier à cela, la loi n° 43 du 20 juillet 2003, relative à la protection de l’environnement dans le cadre du développement durable, consacre des dispositions spéciales face à la pollution de l’air. Ainsi, les industries polluantes sont tenues de prendre toutes les dispositions nécessaires pour réduire ou supprimer leurs émissions. De plus, l’État doit définir les valeurs limites, les seuils d’alerte et les objectifs de qualité de l’air ainsi que les dispositifs de surveillance de l’atmosphère. Tout cela est fait dans le but d’évaluer le degré réel de pollution urbaine et industrielle, et de celui de mettre en œuvre une politique de protection de la santé des citoyens et de la qualité de vie. Le projet Samasafia a donc établi des objectifs afin de rendre leur action plus efficace. Parmi ces objectifs, il s’agit de :

 

  • Surveiller en continu les niveaux de pollution atmosphérique en zones urbaines.

 

  • Détecter les pics de pollution et les périodes durant lesquelles les seuils limites sont dépassés.

 

  • Établir des prévisions de qualité de l’air en utilisant des modèles de simulation.

 

  • Alerter les autorités durant les situations critiques et informer les populations des mesures à suivre pour minimiser les impacts sur la santé.

 

  • Programmer et mettre en œuvre les mesures requises pour améliorer la qualité de l’air à moyen terme.

 

Le projet de loi sur l’air prévoit l’équipement des villes de plus de 500 000 habitants d’un réseau de plusieurs stations de surveillance de la qualité de l’air, qui sont toutes reliées à un poste central :

  • Alger : 4 stations (voir un exemple dans la figure ci-dessous).

 

  • Annaba : 4 stations.

 

  • Oran : 3 stations.

 

  • Skikda : 3 stations.

 

   Il existe une autre station de surveillance de la qualité de l’air : la station de Veille Atmosphérique Globale (VAG) du plateau de l’Assekrem, situé dans le Massif du Hoggar (Algérie). Elle fait partie d’un réseau mondial d’environ 30 stations de surveillance de la composition chimique de l’atmosphère (gaz à effet de serre), initié par l’organisme OMM/PNUE au début des années 1990. Elle est située à 50 km au Nord de Tamanrasset, à 2710 m d’altitude. Elle fonctionne à l’énergie solaire et est alimentée en eau par un système de récupération et de stockage des eaux de pluie. Le réseau de stations VAG a pour missions principales la surveillance, le traitement, l’analyse des données et la modélisation des paramètres (Ozone et Gaz à effet de serre).

 

 

-2- Réduction de la pollution de l’air et de ses impacts sur la santé humaine :

Il est certain que la pollution de l’air n’est pas semblable aux autres pollutions. En effet, elle n’est pas contrôlable comme celle de l’eau ou encore celle de la terre. Dans ce cas, on ne peut que la réduire en respectant certaines consignes données. Ces consignes sont applicables par chacun d’entre nous. Ainsi, ces réseaux informent régulièrement la population sur la qualité de l’air par l’intermédiaire des médias et prodiguent des conseils sanitaires destinés aux personnes sensibles (enfants, personnes âgées, asthmatiques et insuffisants respiratoires chroniques), ainsi qu’aux personnes en bonne santé. Parmi ces consignes :

  • Éviter toutes les activités physiques et sportives intenses. Dans les grandes agglomérations ou dans les régions particulièrement polluées, les autorités sanitaires conseillent aux personnes sensibles (enfants, personnes âgées ou allergiques) de rester chez elles et d'éviter les activités physiques lorsque le niveau de pollution dépasse les cotes d'alerte. En effet, la ventilation pulmonaire s'accroît pendant l'effort : l'exposition aux polluants est alors fortement augmentée en même temps que le volume d'air inhalé. Cela peut provoquer des réactions allergiques importantes et notamment des crises d'asthme.
  • Veiller à ne pas aggraver les effets de cette pollution par la pratique d’autres activités émettrices de substances polluantes (usage de solvants sans protection appropriée, la consommation de tabac…).
  • Les polluants émis par l'extérieur (fumées industrielles, chauffage domestique et collectif, trafic routier...) pénètrent dans notre habitat par les fenêtres, les portes, les cheminées, les systèmes de ventilation, etc. La solution n'est pas de se calfeutrer mais inversement d'aérer largement et fréquemment pour renouveler l'air. Notre intérieur émet lui aussi de grandes quantités de polluants provenant de nos activités mais aussi des matériaux, revêtements, mobilier, décoration, animaux, plantes, produits d'entretien, etc. Contre cette auto-pollution, il faut là encore renouveler notre air intérieur. En pratique : aérer les pièces de votre logement ½ heure par jour. Cette habitude permet un renouvellement suffisant de l'air ambiant et la réduction du taux d'humidité.
  • Pas de tabagisme à l'intérieur. Faire contrôler et entretenir les ventilations, grilles d'aération, VMC. Se méfier des chauffages d'appoint : rejet d'humidité, de produits de combustion et risque d'intoxication au monoxyde de carbone (CO). Ils ne doivent fonctionner que ponctuellement et à condition de bien aérer. Éviter les désodorisants et les parfums d'ambiance. Éviter les aérosols, sinon privilégier les produits "Écolabels" qui garantissent une faible émission de composés organiques volatils (COV). Limiter l'utilisation des produits d'entretien (produits pour vitres, sprays). Éviter certaines plantes vertes, les aquariums, le sèche-linge ou tout autre objet ou habitude qui augmente le taux d'humidité, favorable au développement des acariens et des moisissures.
  • Éviter de sortir les enfants en période de pic de pollution.
  • Ne pas exposer les enfants et personnes âgées au trafic direct. Pour les promenades, préférer les axes présentant de larges trottoirs et marcher plutôt le long des immeubles afin d'éviter la proximité des voitures.
  • Privilégier les sorties le matin car l'air est moins chargé en ozone. Aux heures de pointe, la pollution automobile est plus importante. Au cœur de la journée, les polluants d'usine sont à leur maximum.
  • Éviter l’utilisation des véhicules personnels et emprunter prioritairement les réseaux de transport en commun.
  • Privilégier tout moyen de transport non polluant.
  • Pratiquer le covoiturage.
  • Vérifier la conformité des contrôles techniques obligatoires des véhicules par les forces de police et de gendarmerie nationale.
  • Immobiliser au moins 10 % des véhicules des parcs des administrations et services publics.
  • Interdire la circulation à l’intérieur de l’agglomération des poids lourds dont la charge excède 3.5 T. Ces derniers doivent emprunter obligatoirement les voies de contournement de l’agglomération.

 

Au vu des problèmes de santé (allergies, asthme,…) qu’a généré la décharge de Oued Smar aux populations vivant à proximité, elle a d’abord été ralentie : cette décharge recevait au mois de mai dernier environ 250 tonnes/jour d’ordures ménagères et autres déchets contre 500 à 800 tonnes/jour les mois précédents. Elle a été fermée définitivement en septembre 2011 pour stopper la pollution atmosphérique à la source. Actuellement, des travaux de réaménagement sont en cours dans cette décharge dans le but de la reconvertir en espace vert.

 

D’autres projets seront mis en place : une cabine mobile de surveillance de la pollution, dotée de systèmes technologiques de pointe, sera mise en service prochainement dans la zone industrielle d'Arzew (Oran), a annoncé le directeur des hydrocarbures de cette zone en février 2011. Cette cabine permettra de détecter les niveaux de pollution et faire face à ses effets à l'intérieur de la zone industrielle et ses environs. Ce "dispositif d'alarme" va sillonner la zone industrielle d'Arzew pour détecter d'éventuelles émanations excessives de matières polluantes provenant des complexes d'hydrocarbures.

 

Par ailleurs, Une certaine amélioration de la situation peut être atteinte par des actions telles que : le rajeunissement du parc automobile, la généralisation du contrôle technique des véhicules et l’utilisation accrue de la bicarburation GPL/essence, voire le gaz naturel pour les flottes de bus, etc.

Le prix du gasoil à la pompe (13,70 DA/litre) ne dépasse que de 4,70 DA/litre celui affiché pour le GPL/c. Certains spécialistes suggèrent que l’État baisse le prix du GPL/c ou augmente celui du gasoil pour espérer inciter les gens à s’orienter vers le GPL. D’autres soutiennent qu’il faut soustraire le prix d’un kit GPL du montant de la taxe prévue lors de l’achat d’un véhicule neuf, ou imposer aux concessionnaires de vendre une partie de leurs véhicules en bicarburation essence/GPL. Un texte sur la généralisation de l’utilisation de GPL/Carburant est à l’examen au niveau du ministère de l’Énergie afin de diminuer l’utilisation des carburants polluants comme le gasoil. Le ton avait été donné par l’exemption de la vignette au profit des véhicules roulant en GPL/C, introduite dans la loi de finances 2011. Même si l’impact financier de cette incitation semble dérisoire, elle montre la volonté des autorités de combattre la pollution due à la circulation automobile.

Le projet de texte concerne également la généralisation de l’utilisation du gaz naturel comprimé (GNC) par les autobus exploités dans les grandes villes. C’est le gasoil qui est encore visé. L’équipement des bus de l’Entreprise de transports urbain et suburbain d’Alger (Etusa) en kit GNC pourrait être élargi pour toucher des bus d’entreprises privées qui opèrent dans l’Algérois. Ces mesures salutaires pour la qualité de l’air en milieu urbain viennent s’ajouter à l’interdiction d’importation de véhicules de moins de trois ans (obtenue, en 2004, grâce à une Ordonnance présidentielle, que les députés ont dû voter alors qu’ils avaient rejeté cette mesure, à deux ou trois reprises, quand elle était présentée dans des projets de loi de finances) et, plus récemment, la suspension du crédit automobile. La réhabilitation du transport public assuré par l’Etusa ainsi que la modernisation et l’électrification des lignes ferroviaires de la banlieue d’Alger ont offert aux Algérois la possibilité de ne pas utiliser leurs voitures. La situation sera certainement améliorée grâce à la mise en circulation du métro et du tramway.

 

-3- Les limites de la lutte contre la pollution atmosphérique:

Bien qu’il existe des formes de luttes contre la pollution de l’air, l’action des citoyens et de l’État algérien reste limitée. La population continue à ne pas respecter certaines consignes. Les gens continuent par exemple à utiliser des carburants polluants et à brûler leurs déchets ménagers. Nous pouvons alors nous questionner sur les causes :

  • L’inconscience de la population sur les méfaits de cette pollution sur leur propre santé?
  • Le comportement et mœurs des algériens?
  • Une information insuffisante (médias). Une partie de la population ne serait pas au courant de l’état de la qualité de l’air en Algérie et des consignes applicable afin d’éloigner les risques d’attraper des maladies respiratoires?

 

Il y a lieu d’évoquer l’éternel problème de la cimenterie de Raïs Hamidou (figure ci-dessous) qui a été longtemps galvaudé à chaque fois qu’on évoque le sujet de la pollution et de l’environnement au niveau de la wilaya d’Alger. Rappelons que malgré tous les efforts en vue de réduire l’impact des émanations toxiques de cette cimenterie sur la santé des citoyens et les effets néfastes de cette usine sise en plein centre d’Alger, il y a toujours des victimes. Cela est démontré par le nombre de malades atteints de maladies respiratoires répertoriés parmi les riverains de cette usine.

En outre, il n’existe pas encore de laboratoire de recherche sur les dépollutions atmosphériques en Algérie. Les autres laboratoires de recherche comme celui du génie des procédés industriels et de l’environnement de l’université de Bab Ezzouar ne s’occupent pas des dépollutions atmosphériques mais seulement de celle de l’eau telle que les rejets de produits chimiques dans l’Oued El Harrach, situé à proximité des sites industriels.

 

 

Par ailleurs, les mesures dites incitatives restent bien insuffisantes pour encourager l’utilisation des carburants propres tels que le GPL. La consommation nationale de carburant dépasse les 10 millions de tonnes par an, ce qui équivaut à près de 7 milliards de dollars. Sur ces 10 millions de tonnes, près de 75% de cette consommation sont absorbés par le gasoil dont une bonne partie est importée, depuis 2007, en raison de l’augmentation de la demande par rapport à l’offre. Cette dernière se trouve amoindrie par la réhabilitation de certaines raffineries dont le programme d’achèvement interviendra en 2014. Cette demande en gasoil a été accentuée par les nombreux projets lancés par l’Algérie, et qui n’ont pas manqué de diéséliser le parc roulant, composé de camions, d’engins de travaux publics, et de bus aussi. Car, quand on parle de diésélisation du parc national, il ne faut pas regarder la partie qui concerne les véhicules de tourisme, mais plutôt les véhicules utilitaires, agricoles, industriels et de transport de personnes. Il est prouvé que l’Algérie est un pays grand pollueur de par son parc automobile en constante croissance, utilisant le plus souvent des carburants polluants.

En résumé, le pays dispose de grands potentiels en matière de GPL, mais il manque de politique claire sur la question. Il est donné comme le premier producteur africain et deuxième exportateur mondial de GPL. Il n’en consomme, dans le secteur des transports, qu’une partie infime par rapport aux autres carburants que sont le gasoil et l’essence.

Enfin, il semblerait que le réseau Samasafia était à l’arrêt pendant de nombreux mois en 2011. Les données recueillies permettaient de calculer un indice de qualité de l’air dans les villes, porté à la connaissance du public à travers sa publication quotidienne dans quelques journaux et son affichage sur des panneaux à la vue des passants. Aucune information ne pouvait donc être fournie sur le niveau de pollution due à la circulation automobile dans l’agglomération algéroise, où le trafic est particulièrement dense. Or, cette information est indispensable. Les résistances mise en œuvre par les « pollueurs » ne sont pas à sous-estimer. Illustration par le gasoil : les propositions, plusieurs fois soumises à l’Assemblée populaire nationale, d’augmenter le prix de ce carburant polluant à travers la fiscalité, ont été systématiquement rejetées par les députés.

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site